jeudi 13 novembre 2008

train I


Inventaire d'un voyage en train :



une fille au visage fatigué, qui n'a pas changé de dégaine depuis les années 1990, avec un T-shirt noir aux papillons roses

un barbu trentenaire avec l'inévitable sac Freitag

une fashion victim (capuche de fluokid, noire avec des motifs rose fluo) arborant fièrement son sac H&M Comme des Garçons (moi : "zut! voilà ce que c'est de bosser, on a plus le temps d'écumer les magasins. Tant pis, de toute façon, ils sont importables ces habits!)

son vis-à-vis tellement discret dont je ne me rappelle plus la tête

Ce soir tranquilité et rien de spécial à signaler. (j'ai même pu lire mon bouquin sur la justice internationale "transitionnelle" en paix)



(sauf que les hot-dogs de la gare de Genève sont tout à fait mangeables, j'y même découvert les oignons frits (réponse du vendeur de hot-dog : - c'est pas bon?

moi : -si, mais je connaissais pas))

(d'ailleurs y avait des touristes russes qui voulait foutre leur monnaie sur mon hot-dog, un peu plus et je les insultais en russe, juste pour voir leur tête)


Railway ride
- a girl with a face coming from the nineties, with a black T-shirt full of butterflies (yuck)
- a fashion victim with a bag "h&m comme des garçons", with a black hoody and pink patters (quite tecktonik tee) (it reminds me that since i got my new job, i don't have any time to cruise around and shop...)
- a thirtysomething with the Freitag bag apparel
- the fourth person, whose face i completely forgot about, must have not interest...
That's the summary of my railway ride of the day... no trouble, but quietness (forget the luxury and the volupty for this one, but a compulsory reading about "transitional" justice would do it)
ps : i discovered fried onions with my hotdog at the Geneva station. Actually some Russian tourist wanted to spread his coin on my hotdog, i resisted the envy of yelling after him in Russian, just to see his face frown with surprise... )

mercredi 12 novembre 2008

la révolution culturelle revue par Hu Jie


Pour les gens de ma génération qui se complaisent dans un post-modernisme fataliste, mai 1968 se conçoit avec un haussement d'épaules... ou un geste d'impatience. Ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai réalisé ce que peut signifier le renversement total des valeurs : prenez le cas de la Révolution culturelle maoïste.

Quand on me dit Mao, je pense inévitablement à mon ancien prof de philo, qui loin d'être gauchiste (pensez donc ! un valaisan) arborait de superbes chemises col mao. Puis vient ensuite dans mon esprit le formidable succès éditorial que constitue le petit livre rouge. Pour le reste de la politique chinoise, le peu que je connais vient d'un roman historique à l'eau de rose écrite par une Américaine (oui je sais c'est la honte, mais quand j'avais 14 ans, ma vision de la littérature se réduisait aux romans historiques à l'eau de rose, style La bicyclette bleue)

Aujourd'hui, mon ignorance s'est effondrée, effarée, à la lecture du dernier numéro de Monde chinois, une revue que je vous conseille d'ailleurs. Bref, ce numéro est assorti d'un dvd contenant les films d'un cinéste chinois, Hu Jie. Ce dernier a consacré un de ses derniers documentaires au meurtre d'une rectrice d'un lycée de jeunes filles.

Dit comme cela, l'on pense inévitablement à la violence juvénile, aux classes de la périphérie et l'on soupire, à nouveau fataliste, tout en espérant ne jamais devoir être envoyée dans un tel enfer. Rien de tout cela.

Si la rectrice du lycée en question a bien été assassinée par ses élèves, les circonstances demeurent quasi hallucinantes d'un point de vue philosophique. Car c'est à l'instigation du gouvernement chinois que la Révolution culturelle fut lancée, enjoignant les jeunes à se libérer du carcan de leurs parents, présentés comme des contre-révolutionnaires bourgeois.
A lire les douloureux détails de la mise à mort (tuée à coup de planche à clous, forcée de manger ses propres excréments), on se dit que seules des adolescentes ayant vécu les pires atrocités de la guerre civile pouvaient être "décivilisées" pour en arriver à devenir des bourreaux.
Ici pas de guerre civile : les adolescentes appartiennent à la génération rouge, les enfants nés après la révolution communiste, dans un monde en construction, certes, mais paisible. Leur schéma mental est passé d'un coup d'une vision paisible et ennuyeuse de classe et de charabia propagandiste à un monde inversé où elles détiennent le pouvoir et peuvent renverser leur professeur - tout en conservant l'apparence de normalité car cette anarchie est promue par le gouvernement.

Tout çA pour dire que l'homme n'est pas éloigné du pire et que le meilleur vernis civilisationnel peut craqueler pour faire sortir les pires instincts-
Homo lupus homini.
This post is about Hu Jie, a chinese cineast whose latest movie is about the cruels crime of the Chinese Cultural Revolution. I speak about the murder of a schoolteacher and provisor, beaten to death by her own students. Actually, those girls went directly from a "normal" behaviour, from the boredom of the classroom to the savage cruelty, order being reversed, students beating teacher. This actually doesn't come from perturbed minds by civil war, but was motivated by Mao : the governement was at the origin of that anarchy that lasted 10 years.

mardi 11 novembre 2008

armistice


armistice : du latin arma (les armes) et tacere (se taire), moment sacré où les armes se taisent paraît-il...
Novembre et déjà les arbres ne sont plus flamboyants, pluie intermittente qui cendre le paysage... Les pluies du nord embourbent les tranchées, annihilant les cadavres, mousse de poilus qui s'imbriquent dans la boue liquide, les corps des vivants qui éclatent sous l'orage d'acier, les chairs se désagrègent...
Il y a nonante ans la tragédie se terminait. Et si la deuxième guerre a par ses horreurs occulté la première, il n'en faut pas pour autant négliger sa noirceur... Ceux qui ont vu La chambre des officiers seront d'accord avec moi : dans ce film, on réalise que parfois la mort n'est pas le pire qui peut nous arriver : "Où sont mes dents? où est ma bouche?", premier témoignage d'un défiguré dont le spectateur ne peut que s'imaginer le visage, la caméra ne le livrant jamais.

Le grand drame fondateur qui a modelé l'Europe d'aujourd'hui et porté en elle les graines de la deuxième grande boucherie patriotique. Comme le dit si bien Laurent Wolf dans Le temps d'aujourd'hui, chacun porte en soi sa guerre, celle qui l'a marquée. Car "chacun est enclin à chérir sa douleur et à sous-estimer celle des autres pour le pouvoir que cela donne".

http://www.letemps.ch/template/societe.asp?page=8&article=243736
ps : je voulais vous mettre en illustration une photo d'une "gueule cassée" de la Grande Guerre. Je suis tombée (après une recherche sur google image) sur des images tellements fortes que du coup je me suis auto-censurée. Une petite créature pétrifiée pour la métaphore fera l'affaire.

mercredi 5 novembre 2008


Si j'étais sage je me tairai. Because i'm coughing the day away... je tousse tellement que mes oreilles enflées ne me font plus entendre le bruit du monde.

Ce matin, la pharmacienne à laquelle je réclamais du sirop pour la toux m'a demandé trois fois si j'étais enceinte et si j'allaitais... J'ai répondu trois fois par l'affirmative : je ne dois pas avoir l'air trop enceinte (ce qui est en soi réjouissant, vu que je ne le suis pas), car c'est à sa tête ahurie que j'ai remarqué qu'il y avait quelque chose qui clochait. ( je répondais voui-voui-voui à tout ce qu'elle me demandait, comme un mantra pour obtenir du "vrai" sirop et pas-du-homéopathique-de-chez-mes-parents-que-j'ai-fait-une-heure-de-train-pour-aller-le-chercher-mais-qui-ne-marche-pas).

Bref mon état de santé et mon cerveau languissant ne me permettent plus des pensées trop complexes. Donc désolé pour mon "public" de ne pas être régulière, mais j'ai pour une fois une bone raison pour n'être pas opérationnelle et pondre des billets sur le temps, la chute de la maison CFF ou la bonne nouvelle du jour (question : est-ce que 24 heures chrono a habitué les esprits blancs à la vue d'un black president?).

Sinon je pourrai discourir des heures sur la portée philosophique de l'aide humanitaire (ou plutôt lancer le débat : pourquoi aider l'autre finalement? Non que je suis contre, mais comment argumente-t-on l'assistance, au delà d'un message religieux sur le pauvre proche du Christ?). Ou alors : peut-on être moral sur une base laïc? (je pense que oui à la base, mais comment l'argumente-t-on?) Pourquoi plus personne ne se pose des questions?

Sur ce je vais me coucher et avaler mon sirop, comme un shot de vodka (ça d'ailleurs le goût métallique de la mauvaise vodka européenne, maratele si vous me lisez buvez à mon prompt rétablissement, patamouchta ya ni vyzdarovlivayou!!!)
ps : excusez pour la pub involontaire pour le sirop bio, maintenant je conseille nettement la médicamentation bien chimique, à la bâloise, vive novartis.

lundi 3 novembre 2008

tallinn1 046


tallinn1 046, première mise en ligne par asgardia80.

talinn2 001


talinn2 001, première mise en ligne par asgardia80.

Truman Capote : déjà vu.......à Selkirk, Manitoba


Hier soir je regardais "Truman Capote" avec Philipp Seymour Hoffman (film que je n'ai pas encore terminé et dont la narration m'a laissé assez indifférente, tout comme le manièrisme de l'écrivain, dont j'ai appris en passant la prononciation anglaise (Ca-po-ti, je trouve que ça fait moins baroque que Ca- pot, bref passons, je m'égare)... Le seul intérêt du film résidait pour moi dans la peinture de la campagne du Kansas : des horizons plombés, menaçants et libérateurs à la fois, le paradoxe éprouvé devant cette petite maison blanche parfaite entourée d'arbres dénudés dont les branches griffent le ciel, le silence devant la danse des épis de blé... Bref, la grandeur de la nature et ce qu'elle porte de terrible de par son immensité et son indifférence à l'être humain...

Ces paysages et l'atmosphère qui en découlait me rappelait le Manitoba, province canadienne où j'ai passé onze mois d'intégration culturelle dans le Mid-west profond. Et je n'ai pu m'empêcher de penser que ce processus de réappropriation (on voit quelque chose qui nous fait forcément penser à des éléments de notre vécu) participait d'un certain égocentrisme. En gros, le paysage n'existe pas en soi, mais c'est la charge émotionnelle que nous lui insufflons qui le fait exister.


Quelle ne fut pas ma surprise en m'apercevant au générique de fin (oui je sais je suis bizarre, je regarde systématiquement la fin des DVD quand je n'ai pas envie de voir la totalité du film) que les paysages que je croyais canadiens étaient en fait manitobains (Selkirk et Stony Mountain) et qu'ils correspondaient exactement à mes souvenirs. Adéquation parfaite du paysage mental et du paysage géographique....

lundi 27 octobre 2008

montagnes russes...ou métro lausannois...

Bizarreté de découvrir un moyen de transport tous ensemble... Gaucherie typiquement suisse devant les innombrables trous d'emmental - et non de gruyères - qui mènent aux différents étages de Lausanne. Sourires gênés devant les portes automatiques qui tardent à s'ouvrir...
Mais sous cet aspect lisse, on sent l'enthousiasme des gens : plusieurs, comme moi, enchaînent les allers-retours, on se bouscule pour être à l'avant, où le pilote automatique et les larges vitres permettent de plonger directement dans les boyaux noirs.

A chaque arrêt, on peut dévisager les visages des vis-à-vis (d'accord, mon style est chargé comme une mitraillette, et alors ? ça crépite au moins)... et surtout on aperçoit la rame adverse qui semble conduite par le peuple : sans faire de démagogie, n'est-ce pas là une belle illustration de la démocratie.

Quatre ans pour construire un tunnel - et je ne peux m'empêcher de rapporter cet intervalle à ma propre vie, pour en mieux mesurer les changements... et parfois les éternels recommencements.

mercredi 15 octobre 2008

automne





l'automne à Pavlosk... étrange méandre du cerveau, où les mots d'une langue se sont réfugiés et se refusent... je me rappelle juste du babi lieta, l'été indien russe, ou littéralement l'été des grands-mères...
l'or se conjugue sur notre terre, couronne le sineux chemin des branches et les cheveux des filles comme des statues..

Jardin anglais rempli de fausses ruines et de délicieux étang..... cette promenade au milieu des ors de la nature nous regénère et fait couler en nous la mélancolie mordorée d'un temps plus heureux, des vieilles légendes païennes, où la terre une dernière fois flamboie avant de périr, vaincue par l'hiver, "qui n'est qu'un vilain"....

jeudi 9 octobre 2008

cimetières ..








eta klabichie....... la russie se manifeste partout dans sa diversité, l'altérité au bout du chemin alors qu'on croyait l'avoir saisie...


voilà des photos qui date de mes visites dans les divers cimetières historiques de St-Pétersbourg, l'un près de lavra au bout de la perspective Nievsky et l'autre, le cimetière Smoliensk, tout près de ma rue, dans l'île Vassilievsky...


Etrange promenade là-bas : que ce soit les cubes de marbre qui date de la période romantique et qui font forcément penser aux romans noirs sde l'époque, remplis de spectres et de jeunes filles poitrinaires mortes trop tôt pour mieux satisfaire la mélancolie des jeunes gens peuplant les romans... à moins que ce ne soit les mêmes dandys insolent et songeurs qui pour toujours, pris dans la pierre, étalent leur moue boudeuse


ou alors le cimetière à la russe, où la pierre capitule face au végétal...... pierres tombales rongées par les fougères, corps qui redeviennent humus, calme d'une forêt étrange peuplée de croix rouillées datant d'avant la Révolution pour certaine, éclat des fleurs en plastique éclairant de leur kitscherie le paysage hivernale...