dimanche 10 janvier 2016

Insomnie

Rêve pris dans les entrailles
Les gangues
Ton lacis se fige
Lapis-lazuli
L'idée prend forme écrite
Dans le révélateur
De la chambre noire

dimanche 1 novembre 2015

Novembre

Il est trop tard...

Te dit le mois de novembre

Arbres dénudés désormais pour plus de six mois
Malgré le halo d’or qu’ils dessinent à terre
Les plus vindicatifs se paraient de rouge
désormais sont déjà passés au rouille

Tard trop tard

Car l’or se mange désormais sous forme de mandarines
 Acides, acerbes, traîtresses
Elles tordent l’estomac pour renaître dorées
 leur promesse déjà éventée

Tu croyais qu’il était encore temps
De te hâter sous les frondaisons
Mais tu as beau lever les yeux
La couleur n’est plus, tu la foules au pied

Trop tard


Certains achètent des canapés,
D’autres te disent qu’ils travaillent beaucoup
Pour combler leur appartement comme leur vie
Vide, et sans questionnement

Mais toi tu doutes,
Tu te nourris de questions
Et tu languis de trouver d’autres gangues
L’ennui te pourrit déjà, comme une feuille oubliée

mardi 23 juin 2015

de retour d'art Basel j'ai fait ce rêve

j’ai rêvé que j’étais l’assistante personnelle d’une artiste contemporaine, ou plutôt sa responsable communication. Je n’ai pas de souvenir de son oeuvre, mais elle laissait une grande place aux spectateurs et à leur émotivité. Le public devait y projeter ses sentiments. Je lui ai conseillé de parler ensuite à chaque visiteur, pour que les émotions des spectateurs nourrissent son oeuvre. Elle était dubitative mais l’a quand même fait.
A la fin de la conversation chaque personne était prise en photo avec elle, sur fond de soleil couchant sur un lac, au bout de la jetée.
Elle était plus que dubitative car elle s’est mis une sorte de voile noir pour visiter sa propre expo, comme pour dénoncer le fait qu’elle niait sa propre substance. Elle était assez jolie, mince, les cheveux bruns et longs.
Mais elle a beaucoup aimé partager avec le public et y a trouvé une source d’inspiration. Puis elle est venue me raconter son expérience avec les gens, et à chaque personne qu’elle évoquait, elle se dédoublait et de longues files d’artiste, tjrs habillée la même chose d’un short et débardeur noir restait devant mes yeux, comme une longue série cinétique. Comme des épreuves de cinéma. Comme un multiple dédoublement de l’artiste, qui se nourrit des réactions du public. Elle l’’incarnait littéralement.
Puis je me suis regardée dans le miroir et une fille aux longs cheveux bruns me regardait.

mardi 6 janvier 2015

les courses au bonheur


Les feuilles de salade racornies regardaient tristement Jean à travers l’emballage transparent. Sans surprise, la date de péremption indiquait le lendemain. La salade devait donc impérativement être vendue le jour même. Faute de quoi elle serait jetée.

Elle était pourtant encore à prix plein, malgré l’heure avancée.« Pfff, c’est quand même des radins dans cette Halbfatt... », se dit-il. Dans la plupart des supermarchés, les employés faisaient une ronde, une heure avant la fermeture, et apposaient sur les produits en sursis un autocollant orange, jaune vif ou rouge, afin de mieux attirer les clients.  Les marchandises qui risquaient de dépasser la fameuse Datafatt – la date de péremption – pouvaient désormais se vendre à moitié prix, voire au quart de prix.

Ce système attirait une clientèle d’habitués : étudiants et fauchés bien renseignés. Étonnamment peu de mères de famille nombreuse, pourtant la cible de ce type d’affaires. -Elles étaient certainement en train de préparer le souper pour leur tribu affamée. Elles étaient remplacées dans les allées du supermarché par des dames élégantes, dont le manteau n’était guère mité, mais dont le visage trop fixe laissait supposer un âge qu’il n’affichait plus depuis 20 ans, voire 40 ans...
« Les riches aussi ont de la peine à tourner avec leurs AVS », s’était dit Jean la première fois qu’il s’était retrouvé à la caisse derrière ces dames et leurs achats bariolés de rouge, orange et jaune vif.

(to be continued)


dimanche 16 novembre 2014

Gym Club de Massimo Furlan: comment se rincer l'oeil tout en réfléchissant au rapport au corps

Voilà si j'avais deux neurones je vous dirais de courir voir Gym Club de Massimo Furlan pour ces raisons: on y rigole très fort en y voyant des énergumènes s'échiner sur des exercices ridiculisants et ridicules et à la fin, on est récompensé de nos peines de spectatrice esseulée par la vision de corps masculins en démonstration devant nous en slip, luisant de sueur, diverses anatomies pouvant plaire à chacune.
En gros, une manière culturelle de se rincer l’œil.

et je ne vais pas cracher sur cette analyste, car cette dimension rocambolesque et de monstration participe complètement au spectacle.

Mais à bien y regarder, il y a plus. Cette pantomime ne prête pas qu'à rire, et d'ailleurs le rire jaune n'est jamais loin.
Subtilement, tout est biaisé. Et cela commence dès le début. On y voit un prof de gym en délicieuses cuissettes seventies ainsi qu'une virago tendance est-allemande pourvue néanmoins d'un corps de sylphide arpenter la salle de gym.
Le spectateur est déjà mis dans l'ambiance: assis sur un banc de gym, il replonge avec délice - ou effroi - dans les affres du cours de gym. Sera-t-il- encore une fois le dernier choisir pour intégrer l'équipe de basket?

 La prof de gym blonde ajuste son chignon, lance un regard sévère à travers la salle, Elle tend le doigt, impérieuse. Et soudain, les spectateurs s'élancent sur scène. Parmi le lot, figure mon voisin. Le temps d'un instant, je crois que c'est vraiment des spectateurs et j'attends le moment où ils vont se rasseoir à leur place, le moment où entreront en scène les véritables acteurs. Mais ce ne sera jamais le cas.

Les acteurs se cachaient dans le public, waiting in disguise the moment. Le moment d'entrer en scène. Mais le soupçon reste vivace : peut-être ce ne sont que des spectateurs. Et cette indécision prend une tournure tragique, quand la seule femme (une vieille dame aux cheveux blancs dotée pourtant d'agilité et de souplesse, on apprendra plus tard que c'est une ancienne chorégraphe) tombe, victime d'un malaise, après un exercice trop soutenu. Elle est rapidement évacuée, sur un tapis de gym bleu, vers les coulisses (le local des accessoires de gym). Et le doute s'inscrit en soi, lancinant: et si ce n'étais pas un malaise simulé, mais bel et bien un accident? le désarroi des autres acteurs plaide en ce sens. Mais déjà on est ailleurs, contemplant d'autres exercices physiques, puis le défilé des hommes suitants en sous-vêtements.

A la fin, le côté acide du rapport au corps, la course vers la perfection, tombe dans le surréaliste. Une danse de deux êtres surdimensionnés, trop musclés pour être romantiques, et pourtant touchants. Quelle place donner au corps dans notre société? Certes, nous sommes tous ridicules quand nous nous adonnons à ces exercices destinés à développer nos muscles. Et pourtant nous tendons tous à une certaine idée de perfection, la fermeté de muscles bien développés et la minceur. Que reste-t-il à côté? Ne sommes-nous que des corps en souffrance? et certes nous les spectateurs, nous rions d'un coeur franc, moqueur, au spectacle des exercices ridicules auxquels s'adonnent les apprentis bodybuilders. Mais ce rire se tinte de jaune au fil de la pièce. Que reste-t-il en dehors de nos corps? Ne sommes-nous qu'un amas de muscle? quelle valeur donnons-nous à l'effort et à la sueur? Le mérite de Massimo Furlan est de nous faire réfléchir à notre propre rapport au corps, et ce par le biais d'une fable amusante, dont les ressorts grinçants nous font mal à la mâchoire à force de rire, rire d'un air gêné, car c'est de nous-même finalement que nous nous moquons.


spectacle vu au festival de la Cité à Lausanne, dans la salle de gym du gymnase de la cité.

samedi 15 novembre 2014

Feintise ludique

On va faire comme si.
On va dire qu'on sera des aventuriers. Tu vois, moi, je serai la princesse indienne, en fait non, je suis pas vraiment indienne, j'ai été kidnappée dans ma famille à la naissance, et je vis dans la tribu, tu vois. C'est des Lakotas, hein c'est joli comme nom tu trouves pas? Hein tu sais ce que c'est des Lakotas? c'est des Sioux, mais il faut pas dire Sioux hein, en fait il faut pas dire Indien c'est raciste, la maîtresse elle a dit qu'il fallait pas...

L'enfant continuait à produire son discours bourdonnant. Adèle le tenait à distance, avec des pincettes, et dodelinait de la tête, émettant des "hein, hein" qui pouvaient être pris comme des encouragements. Mais elle était ailleurs, prise aux pièges de ses propres pensées.

Je me réduis. J'ai une vie rangée, et pourtant cette vie me rétrécit. J'avais des rêves pourtant. Mais ma vie se borne à scruter des écrans d'ordinateur. Et a nourrir le ticker, comme disent les mecs du marketing  pour donner un sens au vent qu'ils vendent. Tic tac. Comme celui d'une horloge, dont le chant raccourcit notre vie. Comme celui d'une bombe. Comme j'aimerais pouvoir tout envoyer balader.

Je m'adapte à toute forme de réalité. Je suis un tout-terrain. Je ne fais que découper la vie en faits et je me dessèche au même rythme que j'aligne sur le fil les dépêches, comme des perles sur un collier. Mais où est le gras de la vie? Celui qui donnerait du goût à mon univers? J'ai faim de fiction, d'histoires inventées.

De magnifiques mensonges qui tisseraient des histoires chatoyantes.

Et pis toi tu sera la femme de shérif, ou alors même le shérif. tu pourras courir après les méchants, Maman dit que tu travailles beaucoup, tu seras capable toi de courir après les méchants.

oui peut-être la petite a raison après tout. Peut-être qu'elle tient de moi? Adèle pressa la main de sa nièce, interrompant un instant le flot des mots. La marée marqua un arrêt, avant de repartir de plus belle.

Et puis tu sais quoi, en fait, on habite Paris, le monde s'appelle Paris, et moi dans mon sac, je peux y mettre le monde entier.

On va faire comme si. Comme si tout avait un sens. Comme si les murs de la réalité pouvaient s'incurver, gondoler et laisser de la place aux plis.

Cachée, secrète, j'y serai tapie et je pourrai me réinventer à souhait. Tisser mon identité à partir d'un tapis de mots. Comme si.


jeudi 21 août 2014

+++en construction Cindy Sherman

++++ je suis une feignasse j'ai pas encore fini mon compte-rendu de l'expo, gros bisous+++++

De retour de l'expo de Cindy Sherman, je reste troublée. Les photo posent plus de questions qu'elles ne livrent de réponse et je comprends désormais pourquoi l'artiste se refuse à nommer ses oeuvres. Un titre expliquerait, livrerait des signes, une tentative de signification... Quelque chose auquel le spectateur pourrait se référer pour tenter de construire son opinion.

Mais non, les oeuvres sont muettes sur leurs noms.

vision de la femme - effrayée, frayeur découpée en morceau, visions de psyhopathes
ou alors
les femmes mûres, sûres d'elles, quasi grotesque avec leur maquillage outrancier


Sils Maria: délicieuse mise en abyme et fin devinée, quasi vaporeuse

... je le dis tout de suite je n'ai vu qu'une première moitié de Sils Maria.

Mais soudain j'ai compris où se situait l'intérêt du film: dans cette mise en abyme, qui voit Kerstin Stewart évoquer les films de super-héros, en disant que les super-pouvoirs ne sont qu'une convention comme les autres. Ou plus troublant encore, lorsqu'elle évoque des blockbusters hollywoodiens peuplés de loup-garous, son personnage glosant sur son parcours d'actrice. Tout est flouté.

Mais au coeur du film se retrouve la relation entre l'assistante, quasi maternelle et pourtant si jeune, et la star adulée mais vieillissante (une Juliette Binoche lumineuse), et un peu déphasée dans un monde moderne qui court trop vite pour elle et dont elle ne maîtrise pas les codes Internet.

Maria Enders, l'actrice sur le déclin (forcément 40 ans, le début de la fin pour une actrice), se voit proposer de rejouer la pièce de théâtre qui l'a lancée lorsqu'elle avait 18 ans. Mais elle ne doit plus jouer la tentatrice  vénale, mais bien la femme mûre qui est conduite au suicide par cette passion destructrice.

Face à défi et à cet aveu - elle n'est plus toute jeune, elle qui s'attendait à jouer le rôle de la tentatrice devenue vieille, elle doute. Elle réalise qu'on vieillit plus dans le regard des autres que dans sa chair. En cela "Sils Maria" réussit là où "Boyhood" échouait, à n'exposer que le vide laissé par le passage du temps sans relater ses effets affectifs sur les personnages.

 Elle confond les époques lors des répétitions, se souvenant des répliques de la jeune Sigrid, plutôt qu'Héléna. Sa jeune assistance l'aide, endosse le rôle de Sigrid.

Et peu à peu, comme le fil du temps, un glissement s'opère. Les frontières entre la répétition et la vie des deux femmes se floutent. N'y a-t-il pas un rapport de séduction entre l'assistante surprotectrice et l'actrice, qui sait pourtant lui rappeler qu'au final, c'est elle la patronne. Mais l'assistance sait envoyer des piques qui dévoilent entre traitillés la nature plus trouble qu'il n'y paraît de leur relation.

- C'est la meilleure actrice que je connaisse.
- Ce n'est pas moi, ton actrice préférée?
- Pourquoi, tu es jalouse?

Puis j'ai dû partir, mon train pour Bellinzona n'attendant pas. Donc je n'ai pas vu la fin du film. Toujours pas. Mais c'est fascinant, je n'arrête pas d'y penser et de chercher une fin à ce film envoûtant.

Je  commence à tout remettre en question. Est-ce que ce glissement entre les genres ne s'applique pas au film en entier? Où est la réalité?
Pourquoi la veuve de l'écrivain brûle la suite de la pièce de théâtre? pour ne jamais donner à Maria l'occasion de jouer la suite, Sigrid à 40 ans? que reproche-t-elle à l'actrice, qui aurait pu séduire son mari à l'époque? Les dénégations de Maria sont trop contradictoires.

Et puis l'assistante, qui semble tant vouloir que l'actrice joue dans cette pièce, a peut-être tout orchestrer. Un site internet me donne deux acteurs pour un même personnage secondaire. Et j'imagine soudain un piège mis en place par l'assistante, qui désire elle aussi manipuler l'actrice et tout gérer sa vie. La faisant jouer dans une pièce. Le metteur en scène n'existe peut-être pas.
et la jeune actrice trash, qui doit jouer le rôle de Sigrid, on ne la voit jamais apparaître. C'est l'Arlésienne. Peut-être n'existe-t-elle tout simplement pas et l'assistante veut revêtir ce rôle.

Je perçois comme un mystère qui plane, à l'image de ces nuages qui passent le col de Maloja pour se déverser dans l'Engadine, planant sur le lac de Silvaplana. Le serpent de Maloja.






lundi 11 août 2014

Aux bains

Revue des corps étalés sur les planches de bois
Dans la perspective de corps à corps
Mollets torse et grands fessiers
Tout est rond et galbé à souhait
On en ferait des  bouchées

Reste la saveur de sel sur le visage
- la mer est loin pourtant -
A force d'avoir trop pleuré

Trop tard pour le grand marketing de l'amour
Les produits sont parfaits
et l'emballage travaillé

Mais quel est le prix à payer
pour remplir ces enveloppes prometteuses
d'émotions quelconques

Quel souffle, quel élan
pour de si prosaïques échanges marchands ?

Epiderme contre épiderme
Parfois le frottement des muqueuses
suffisent à provoquer l'épiphanie souhaitée

Mais moi je cherche
l'impossible correspondance
des âmes
L'esprit aussi aiguisé que la silhouette

Et pour cela le Letten n'est qu'un troublant Léthé



samedi 2 août 2014

Mehr Licht

Les étagères de la forêt se dressaient devant moi
Plus de branches, mais des tablards successifs
où s'étendaient par milliers les feuilles noircies.
Cette promenade dans cette forêt était une paix  à mon esprit.
Et je ne pouvais guère oublier les incendies terribles
le napalm sur les rayonnages de Sarajevo
Ici nulle étincelle destructrice
si ce n'est celle de l'ignorance
et je vois dans mon cauchemar brûler
la bibliothèque
se consumer par le dédain du profit